
Ravie d’avoir entre les mains ce livre de Bruno Humbeeck ! Je vous partage, comme j’aime le faire sur ce blog, les « essentiels » pour nous, enseignants et enseignantes. Aujourd’hui « l’intelligence émotionnelle » est de plus en plus à mettre au cœur de notre quotidien, mais pourquoi est-ce important ? Est-ce une question de mode ? Comment le faire dans nos classes ? Pour qui ? Avec qui ? Toutes ces questions peuvent parfois nous freiner avant même de commencer.
Pour moi, deux essentiels pour aborder ce thème avec sérénité :
- gérer un groupe est de plus en plus difficile pour l’enseignant mais rassurons nous, permettre à des élèves d’évoluer dans un groupe est une nécessité pour qu’ils puissent vivre en société demain ! Nous ne faisons pas exactement comme nous le souhaitons mais beaucoup d’apprentissages se font sans que nous nous en apercevons. Nous sommes parfaitement imparfaits et c’est parfait comme ça !
- comprendre le fonctionnement des émotions est une base dans ce métier pour les élèves certes mais surtout pour les professionnels. Comprendre ce qui se passe en nous pour pouvoir prendre soin de soi est primordial pour notre santé physique et mentale !
L’intelligence émotionnelle, c’est quoi ? « L’intelligence émotionnelle peut alors être considérée comme une façon réfléchie et raisonnée de gérer ses propres états affectifs et de concevoir ceux des autres pour agir en conséquence. Evidemment, le fonctionnement n’est pas toujours optimal et la machine à traiter les émotions à laquelle s’apparente un cerveau humain connaît parfois par excès ou par défaut de fonctionnement, de nombreux ratés » Une définition qui me permet dès à présent de faire le parallèle avec la bienveillance envers soi. Oui, s’intéresser à l’intelligence émotionnelle est nécessaire aujourd’hui mais cela n’attend pas de nous, une gestion parfaite de nos émotions ! Bien au contraire !
Bruno Humbeeck nous partage dans cet ouvrage la nécessité de laisser aux émotions leur juste place. En effet, l’auteur nous explique que l’écoute seule des émotions et la libre expression de celles-ci peuvent avoir des conséquences non souhaitées pour nos enfants, nos élèves et pour nous même. Ce constat me rappelle cette phrase « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » et dans laquelle nous pourrions remplacer « liberté » par « émotion » ! Les émotions des uns s’arrêtent là où commencent celles des autres. Oui, je ressens, oui j’exprime mon émotion mais ceci doit se faire dans le respect du collectif.
L’intelligence émotionnelle est de plus en plus au centre de notre pratique ! Pourquoi ? Comme l’explique Bruno Humbeeck, « L’évènement des « intelligences multiples », le souci de construire du vivre-ensemble et de préserver un climat de classe favorable aux apprentissages pour tous et pour chacun et la perception du rôle particulier de l’émotion comme déclencheur de l’activité cognitive sont des facteurs qui ont participé à la valorisation de l’idée de faire de la gestion des émotions un apprentissage transversal…«
Pour qui ? Oui bien sûr pour les enfants mais je pense qu’il est nécessaire de commencer par les professionnels ! Cet extrait va particulièrement dans ce sens : « On doit toujours se préoccuper de ceux qui, par leur rôle, leur fonction ou leur statut, sont amenés à s’occuper des émotions des autres. Mettre les émotions des enfants au cœur du processus d’apprentissage scolaire suppose ainsi de se donner les moyens d’accompagner les enseignants dans la gestion de leurs propres états affectifs. »
Dans cet ouvrage, l’auteur nous rappelle que c’est la diversité des réactions et l’aptitude à défaillir de l’adulte, à ne pas être en adéquation absolue avec tous les états émotifs des enfants, qui permet à l’enfant de ressentir, d’exprimer et de décrypter ses propres états émotionnels et ceux qui affectent son entourage. Les enseignants souhaitant être dans une écoute absolue des émotions de chaque enfant vont s’épuiser et cela n’est finalement pas bénéfique pour l’enfant. Nous sommes dans un collectif et l’épanouissement personnel doit être toujours en lien avec l’épanouissement du groupe, de la famille, de la classe. Une bonne nouvelle qui permet à chaque enseignant de se rendre compte que ce qu’il fait c’est-à-dire gérer un groupe dans son ensemble est nécessaire pour l’élève et pour chaque citoyen de notre société demain.
Pour terminer, je reprendrai cet extrait qui est, à mon avis, très parlant dans la relation avec nos enfants, nos élèves mais aussi dans la relation avec nous même et pourquoi pas avec nos collègues : « Nous devons nous permettre de rayonner, de sentir que, comme tous les autres, nous sommes en mesure de briller, non pour faire de l’ombre à qui que ce soit, mais pour illuminer la nuit comme une infinité d’étoiles qui acceptent, chacune, le défi d’être un soleil dans sa propre galaxie. Un soleil avance à son rythme. Même caché, au bout d’un horizon sur lequel se regroupent des nuages, il continue, au-dessus d’eux et sans qu’on le voie, à briller. Inexorablement, il se lève chaque matin pour éclairer le monde de sa lumière et se couche chaque soir pour lui permettre de se reposer. Alors, au lieu d’utiliser des injonctions telles que « Sois parfait », « Sois fort », « Fais un effort » et autres « Dépêche-toi », si on apprenait à nos enfants à leur opposer : « Je suis un soleil. J’éclate de mille feux, même si on ne me voit pas […] ». Et j’ajouterai que modifier ces injonctions dans notre discours intérieur est également une priorité !
